header image
Next Event

Refuge pour un céphalophe

P-WAC a recueilli un petit céphalophe

 

Bien que notre action soit principalement axée sur les grands singes, c’est toute la faune en général qui reçoit l’attention de P-WAC, et c’est cet état d’esprit qui a amené notre équipe locale  à secourir et à recueillir dernièrement un petit céphalophe à front noir (Cephalophus nigrifrons), classé en « Préoccupation Mineure » sur la Liste Rouge IUCN Voici son histoire. 

En Juillet dernier, deux hommes arrivent au camp P-WAC sur une moto lestée d’un gros sac solidement harnaché au porte-bagages. Papa Bongalo, le gardien du projet ainsi que Tito, éco-garde, suivi peu après de Célestin qui avait suivi la scène depuis son poste, viennent à leur rencontre et découvrent rapidement la nature de leur butin. Tito appelle aussitôt Amandine : « Venez vite, deux hommes veulent vous montrer une antilope ».

Les deux hommes s’empressent alors de décharger le sac, le sourire aux lèvres, pensant avoir trouvé un acheteur. Le premier prend la parole : « Je viens de très loin pour vous vendre l’antilope. Je l’ai acheté hier à des chasseurs. On peut s’entendre avec le prix...». Amandine et Tito sortent l’animal du sac : Il est en panique et ses pattes sont ligotées et ensanglantées. Dès cet instant, Il a suffit d’un rapide échange de regard entre Amandine et son équipe pour que ces derniers comprennent qu’il faudra parvenir à conserver l’animal et demander aux hommes de partir, sans contrepartie.

Et ce ne sera pas chose facile : l’antilope est leur « marchandise », leur « gagne-pain » et ces hommes ont fait toute cette route jusqu’au site dans le seul but de gagner de l’argent. Qu’importe, P-WAC ne cautionne pas et ne cautionnera jamais l’achat d’un animal sauvage, et fera tout son possible pour que l’animal, condamné, ne reste pas aux mains des braconniers.

Amandine leur demande: « D’où vient l’antilope ? ». « Il a été chassé la veille dans une forêt située à 40km d’ici » répond le premier. « 40 km ! Mais alors pourquoi venir jusqu’ici??? » demande Amandine. Le deuxième homme, jusqu’alors silencieux, prend la parole et explique qu’il est chauffeur à Kinzao Mvuété et qu’il a entendu parler du « parc » de P-WAC et a donc pensé que l’équipe pourrait être intéressée pour acheter l’antilope. Il a donc conduit le vendeur jusqu’au site en espérant qu’il pourrait y  faire une bonne affaire.

Les éco-gardes ont alors fait un travail admirable : En Kyombé, le dialecte local employé par le vendeur, ils ont expliqué qu’à P-WAC aucun animal n’est acheté. Ils expliquent aussi le rôle du projet et le villageois comprend rapidement qu’il n’a pas frappé à la bonne porte…

Célestin explique pour finir que le petit céphalophe doit être conservé au centre pour des soins. Le villageois et le chauffeur s’énervent, commencent à hausser le ton, et demandent à Célestin puis à Amandine d’être compréhensifs, de voir qu’il s’agit là d’un travail difficile : le vendeur a lui même acheté l’animal aux chasseurs et a payé le chauffeur de moto pour venir jusqu’au projet.

Bien que la tension monte entre les visiteurs et P-WAC, l’équipe reste calme, soudée et ferme. C’est alors que semble débuter une dispute entre les deux visiteurs: le villageois entend bien la démarche de P-WAC et la mission de protection de la biodiversité, mais ne comprend pas pourquoi le chauffeur l’a conduit jusqu’ici. Celui-ci, pour sa défense, avoue qu’il connaissait en effet le rôle de P-WAC mais pensait tout de même réussir à convaincre la femme  » Mundélé » (la  femme blanche) de sauver l’animal en l’achetant…

Tito et Célestin demandent alors aux hommes de bien vouloir partir en laissant l’antilope. Et si le villageois, dépité, ne dit plus rien, le chauffeur, lui, réclame que l’on puisse le dédommager au minimum de son essence. L’équipe refuse toujours toute négociation et les éco-gardes les conduisent finalement vers la sortie pendant que Papa Bongalo et Amandine transportent l’animal dans une cage de quarantaine.

L’animal paraît jeune mais semble déjà indépendant, et l’idée est donc de garder le céphalophe au calme, le temps qu’il reprenne des forces, pour ensuite lui rendre sa liberté. Les liens serrant ses pattes sont enfin défaits. Il est terrorisé mais accepte cependant de boire, et peu à peu, se calme. Après tout ce temps passé ligoté, Il lui faudra près de quatre heures pour simplement réussir à se remettre debout et recommencer à marcher. L’équipe décide alors de le garder en observation la nuit, puis de le libérer le lendemain à la première heure. La nuit se passe sans encombre, le petit céphalophe mange et, peu à peu, retrouve toute son énergie.

Dès 7h00 le lendemain, toute l’équipe est là pour ouvrir la cage. Le céphalophe regarde l’équipe locale puis file tranquillement vers la forêt de P-WAC. L’équipe est heureuse de le voir partir libre et sain et sauf.

Sensibilisation

Deux jours passent. Célestin et Tito arrivent un matin au camp avec un grand sourire : la veille au soir, il y a eu de l’agitation à Kinzao Mvuété. Si le vendeur a compris notre mission et n’a pas du tout été en colère contre notre équipe, il a cependant décidé de demander une indemnisation au chauffeur qui lui a fait perdre une affaire… Ce dernier est ensuite allé s’en plaindre auprès des éco-gardes de P-WAC. Célestin et Tito étaient assez fiers d’eux, puisque suite à ces « palabres », tout le village ou presque a écouté la mésaventure des deux braconniers et il est fort à parier qu’à partir de maintenant, personne ne se risquera à chasser un animal pour tenter de le vendre à P-WAC.

En plus nos actions de sensibilisation par le biais des éco-gardes et de nos émissions à la radio communautaire, voilà un événement qui a permis de sensibiliser la population locale et de faire comprendre qu’à P-WAC, le trafic d’animaux sauvages (intégralement ou même partiellement protégés) n’est pas autorisé !

Important

Nous avons tenu à partager avec vous cette histoire, car si l’ouverture d’un centre de soins pour la faune sauvage permet la sauvegarde d’espèces menacées et la création d’emplois auprès des populations locales, un effet pervers peut aussi être induit : la chasse pour le centre. En effet, certaines personnes mal informées peuvent imaginer que le centre achète ses pensionnaires. C’est ce qu’il s’est passé pour ce céphalophe. Et c’est la raison pour laquelle nous tenons sans cesse à rappeler à tous qu’il est primordial de ne jamais acheter ces animaux protégés pour ne pas encourager le braconnage. Acheter ne serait-ce qu’une fois un animal sauvage entraînerait alors un cercle vicieux difficile à stopper…

Pendant ce temps, au camp…

Début Août, 6h30. Les chimpanzés du projet vocalisent. Kiki et Muké logés en haut d’un arbre, descendent à toute vitesse au sol. Kiki s’élance dans la végétation. Un petit céphalophe pointe le bout de son nez. Les singes le regardent. Il les observe également. Puis retourne dans la forêt de P-WAC. Était-ce le même petit céphalophe sauvé quelques jours plus tôt ? Nous aimons le croire.

Share with friends!Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email
Share this:
About the author
Amandine Renaud
http://www.p-wac.org