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Arrestation de trois coupeurs de bois

Arrestation de trois coupeurs de bois

La forêt tropicale de la République Démocratique du Congo (RDC) est le deuxième poumon de la planète, après la forêt amazonienne. Mais cette forêt est continuellement menacée et détruite de manière intensive pour les besoins humains. En effet, la population humaine ne cesse de croître. Ses besoins d’espace et de ressources augmentent en même temps qu’elle. L’une des conséquences de cet état de fait est l’emprise toujours plus importante qu’exercent les hommes sur la forêt afin d’y construire de manière désorganisée leurs habitations. Autour de ces nouveaux villages qui grossissent rapidement au point de devenir régulièrement des villes, naissent des routes, permettant d’aller toujours plus loin dans la forêt pour trouver de nouveaux espaces de vie… C’est un cercle vicieux.

En plus des habitations, des champs se créent, des cultures intensives sont lancées et du bois est coupé pour permettre aux habitants de se chauffer et de cuisiner… C’est ce qu’on appelle le bois de chauffe, ou charbon, ici appelé « Makala ». Cette pratique représente une grande menace pour l’avenir de la forêt à laquelle s’ajoutent également des coupes de bois destinées au marché international où à la construction de meubles locaux.

Qu’est-ce qu’un four à charbon ?

Four à charbon. Crédit photo: Karl © P-WAC

Pour le Makala, on sélectionne un certain type de bois. Après que les arbres aient été coupés, de gros tronçons sont empilés les uns sur les autres, jusqu’à former un carré d’environ 3 mètres sur 3. Le tout est ensuite maintenu par une sorte de clôture faite de petits troncs d’arbres, puis l’ensemble est brulé pendant plusieurs jours. Il en résulte du charbon de bois. En RDC, cette activité nécessite une autorisation de la part du Ministère de l’Environnement, car nombreux sont ceux qui font cela de manière professionnelle. Sans autorisation, la coupe est illégale.

Découverte d’un four à charbon

En Mars dernier, lors d’une patrouille sur le site, nos éco-gardes découvrent un four à charbon en plein processus de carbonisation… La patrouille interpelle le « coupeur » afin de lui demander ce qu’il fait sur le site. Il explique naturellement qu’il fait son charbon pour le vendre au village. La patrouille lui répond qu’il s’agit d’un terrain privé et qu’un projet « environnement » est en cours, qu’il est interdit de s’introduire sur les lieux et encore moins de couper du bois. Le coupeur, semblant de bonne foi, prétend qu’il ne savait pas et qu’il avait eu une autorisation de venir sur les lieux. Afin de gérer la situation calmement, il est décidé de laisser cet homme terminer son travail et de partir dès la fin de la fabrication du charbon, estimée à une semaine.

 

 

 

 

Le jour suivant, la patrouille continue son action et trouve à nouveau le coupeur, cette fois accompagné d’amis en train d’élaborer un autre four à charbon. Un arbre immense vient d’être coupé. Une scène incroyable !

Notre patrouille éco-garde est propre à P-WAC et sert à sensibiliser les gens et à informer notre association en cas de coupe ou de présence de pièges sur place. Malheureusement, légalement, cette patrouille n’a pas le droit de sanctionner ni d’arrêter les intrus sur place.

Négociations avec les ayants-droits…

Papa Simon, au premier plan, discutant avec le coupeur

Avant d’appeler la police, toujours pour tenter de gérer cette situation de manière calme et intelligente – car nous comprenons bien que ces villageois vivent de la vente du charbon et n’ont pas d’autres revenus – nous appelons le chef coutumier (chef traditionnel responsable des familles du village), Papa Simon, qui arrive sur les lieux rapidement. Il s’en suit un échange assez long, en dialecte local, afin de faire évoluer la situation. Ici, les droits ancestraux sont importants. L’homme explique qu’il est envoyé par un autre individu qui lui a octroyé le droit de faire son charbon. Papa Simon explique calmement qu’il doit quitter les lieux. L’homme demande à terminer son travail. Il promet de partir une fois celui-ci terminé. Toute l’équipe se consulte et décide d’accepter sa demande. Cependant, à la prochaine visite, si de nouveaux arbres sont coupés, il est convenu que la police sera appelée immédiatement.

Lors de la patrouille suivante, nous ne trouvons plus personne. Nous sommes  rassurés. Mais lors du passage d’amis ingénieurs venus apporter leur aide pour la construction du système d’eau quelques jours plus tard, un nouveau four est découvert.

Procédure judiciaire

L’équipe descend alors au parquet informer le procureur de la situation. Celui-ci nous renvoie vers le magistrat, qui enregistre la plainte du chef coutumier. Deux jours après, l’équipe P-WAC et les coupeurs sont convoqués au parquet. Le magistrat écoute chaque version. En fin de journée, il décide que toutes les activités menées par les coupeurs doivent être arrêtées. Il organise la semaine suivante une descente sur le terrain afin de constater les dégâts sur les lieux, car pour se défendre les coupeurs prétendent qu’ils se trouvaient dans une forêt nommée Nkula, et non dans notre forêt prénommée Kiobo. Le magistrat se demande si les coupeurs n’auraient pas confondu la forêt dans laquelle ils devaient se rendre.

Parquet de Kinzau

Le jour de la descente, les coupeurs arrivent avec un avocat. Nous nous rendons tous sur place, emmenant avec nous le magistrat et un policier. Premier constat : notre panneau de délimitation a été enlevé. Quel choc !

Toute l’équipe le jour de la pose du panneau

Emplacement vide de notre panneau

 

 

 

 

 

On réalise alors rapidement que les coupeurs préparent quelque chose d’important pour contre-attaquer. Un vieux papa (équivalent de notre « monsieur » mais avec une notion importante de respect et d’âge) qui vivait juste devant le site devait être « sentinelle » du projet, c’est-à-dire nous informer en cas d’entrée d’intrus sur le site. On constate qu’il est le père  d’un des coupeurs. Ainsi, quand le magistrat lui demande ou est le panneau, il dit ne rien savoir.

Le magistrat nous appelle : Côté P-WAC sont présents Amandine (présidente fondatrice de P-WAC), Papa Simon (le chef coutumier), Papa Kasavu (ayant-droit de la famille) et nos deux éco-gardes Célestin et Tito. Côté coupeurs sont présents PDG, JP, Uela, leur avocat, et des amis à eux.

Le magistrat nous suit et débute son procès-verbal de constat. Les coupeurs ne cachent rien : il s’agit bien de leurs fours et de leurs coupes. Assez rapidement, un des amis des coupeurs prend la parole de manière virulente. Le policier le rappelle à l’ordre en exigeant qu’il se calme et le magistrat rappelle à chacun que lui seul peut poser des questions et prendre la parole. Nous devons attendre d’être interrogés pour donner notre avis.

 

 

 

 

Nous continuons et là, nous arrivons sur de nouvelles coupes d’arbres. Malgré l’interdiction du magistrat, les hommes ont poursuivi cette activité illégale. L’argument de l’un d’eux est qu’il fallait « aérer les plantations qu’il venait de mettre ». Le magistrat relève donc que les coupeurs ont également débuté une plantation… Lors du constat, l’homme virulent est écarté par le policier. Le magistrat lui avait pourtant expliqué à plusieurs reprises que son comportement n’était pas acceptable, en vain.

Confrontation

Au retour, le magistrat nous invite à une confrontation. Les deux parties donnent leur avis, tour à tour. Les coupeurs n’ont ni titres fonciers, ni droits ancestraux pour légitimer leur présence sur les lieux. De plus, leur discours ne tient pas la route : Après avoir annoncé qu’ils ne connaissaient pas la forêt Kiobo mais la forêt Nkula, ils ont expliqué qu’ils avaient confondus avec la forêt Iobo… Puis que la forêt Kiobo existe bien, mais que le projet a empiété sur leur territoire et enfin que c’était la première fois qu’ils venaient dans ce coin de forêt…

Ils ont nié les rencontres avec les éco-gardes en forêt malgré les vidéos et photos faites sur place (nous remercions de fait Sylvie Robardet pour son généreux don de téléphones, qui sert de manière concrète notre patrouille : cela lui permet d’obtenir des preuves des problèmes rencontrés sur place). Les contrevenants ont ensuite annoncé que lors de nos diverses rencontres en forêt, nous les avions seulement salué et continué notre chemin, les laissant vaquer à leurs occupations.

Bien que les conflits de terre soient courants en RDC, entre la terre de l’état et la terre des ayants-droits, puis entre les ayants-droits eux-mêmes, il n’est ici pas question de terre non reconnue mais bien de villageois ayant pratiqué des coupes sur un espace de manière illégale. Ils ont aussi essayé de soutirer de l’argent au projet, en échange de leur départ des lieux.

Arrestation

Après trois jours de négociation, le magistrat inculpe les trois hommes de coupe illégale de bois, et carbonisation de charbon, activité illégale sans autorisation du Ministère. Il rappelle également à ces coupeurs, que le projet est en règle, que tous les ayant-droits qui ont vendu la terre étaient là, avec leurs titres, contrairement à eux. Ils sont arrêtés et envoyés au cachot. Dans quelques semaines, ils seront entendus par le tribunal, qui décidera de leur peine.

Voilà une petite victoire pour notre équipe qui va pouvoir reprendre son travail, à savoir la préparation du terrain pour la construction des enclos, qui débutent en Juin !

 

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About the author
Amandine Renaud
http://www.p-wac.org