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L’inspiration d’Amandine Renaud, Primatologue

 

Amandine Renaud Primatologue au Congo

Amandine Renaud Primatologue
Lieu de naissance: Lyon, France
Maison : Entre la France et le Congo

Amandine Renaud, fondatrice et présidente de P-WAC, a pris un moment pour nous parler de sa vie et de son inspiration.  Voyons ce qui motive cette primatologue et doctorante anthropologue passionnée, qui se consacre à la conservation des grands singes.

Que voulais-tu devenir quand tu étais enfant?

Tellement de choses! A 6 ans, je voulais sauver les animaux et la planète. Je me souviens que j’enguirlandais les voisins qui se pendaient aux branches des arbres de crainte que ce soit douloureux. J’ai voulu travailler avec les loups puis les ours polaires. Je n’ai jamais compris comment on pouvait chasser de telles beautés de la nature. Astronome, égyptologue, vétérinaire, danseuse étoile, gymnaste…Je ne suis pas sure de la chronologie, mais il fallait que mon métier dépote, me passionne et soit en lien avec la nature.

Aujourd’hui primatologue, sur le terrain je suis finalement un peu de tout ça : je grimpe aux arbres, je fouille dans les crottes de singes, je cours et saute pour échapper aux éléphants. Je trouve ce travail toujours aussi passionnant.

D’où te vient cette passion et comment as-tu commencé ta carrière dans la primatologie?

Je ne sais pas d’où vient cette passion. Quand on me demande ça, on fait souvent référence au film de Dian Fossey. Peut-être que j’ai voulu me consacrer à la préservation des grands singes quand j’ai vu son film, mais peut-être que j’ai regardé le film parce que je voulais faire comme elle ! Aucune idée! Le seul souvenir que j’ai est ce désir d’agir pour ces êtres que je considérais comme ma famille. A 20 ans, j’évoluais dans la finance, domaine qui m’a appris une rigueur de travail et m’a permis de voyager. C’est à 22 ans que j’ai commencé le terrain. Je suis tombée amoureuse des chimpanzés à cause d’un chimpanzé! Il m’a ouvert les yeux sur le monde des primates et m’a tout appris sur les singes . Pas les livres, pas les gens. Lui ! A ce retour de mission, j’ai repris mes études pour devenir primatologue. Un professeur à l’université de Roehampton, Pr Todd Rae, m’a donné envie de mener davantage d’études sur eux et m’a fait me questionner sur les relations hommes-singes.

Qu’est ce qui t’inspire dans la primatologie, et à présent l’anthropologie de la nature.

Amandine Renaud explique l'urgence de la cause des grands singes

Il y a urgence à les protéger du fait de notre ancêtre commun, et de les étudier davantage pour mieux les comprendre.

J’ai débuté par de la psychologie. Quoi de plus naturel que d’étudier la psychologie humaine avant les singes. Après tout, nous sommes des primates!  Lors de mon premier séjour en forêt, j’étudiais des chimpanzés réintroduits en milieu naturel. Ma question n’était pas de savoir si ces chimpanzés allaient survivre à la réintroduction (arrêtons de les sous estimer !) mais plutôt de savoir comment nous pouvons tolérer que des animaux subissent un tel sort. Il y a urgence à les protéger du fait de notre ancêtre commun, et de les étudier davantage pour mieux les comprendre. Certes. Mais, comment pouvons-nous laisser cela arriver ? N’ont-ils pas tout simplement le droit de vivre également ?

« Ce qui m’inspire : leur droit à la vie et à la liberté. »

Je ne suis pas à la recherche de publications, de célébrité, de reconnaissance. Cette idée me met mal à l’aise. Je ne comprends pas pourquoi on a autant besoin de mettre des personnes sur un piédestal, ni même pourquoi les gens travaillant pour la nature seraient des héros. Ce n’est pas mon leitmotiv. Je sais seulement que les singes ne peuvent se défendre face aux armes automatiques, face aux sommes faramineuses émanant du trafic d’animaux exotiques. Ils ont besoin d’aide. Je ne comprends pas comment les gens peuvent venir sur terre et agir comme si tout leur était dû, sans aucun respect pour la vie.

« La nature, les primates, les hommes, la vie. »

Concernant ma thèse en anthropologie de la nature : comprendre les populations locales et comment elles peuvent améliorer leur vie tout en protégeant leur environnent, en somme, leur propre avenir, est pour moi primordial. Cette anthropologie appliquée permet d’aborder un sujet concret : les interactions hommes-grands singes, et j’espère que de travailler sur cette interface contribuera à améliorer l’avenir si fragile de nos cousins.

Un jour avec toi?

Pour l’instant, je passe mes journées à lire, faire des recherches, et écrire pour ma thèse et bien sur, à chercher des fonds pour notre projet P-WAC.

Quelle a été ton expérience préférée sur le terrain? Le plus gros challenge?

Une des séquences les plus émouvantes a été lorsqu’une jeune maman chimpanzé est descendue de son arbre pour me présenter son petit. Je n’ai même pas eu le temps de bouger qu’elle m’avait déjà posé son bébé dans les bras !

Coté challenge, le plus difficile est de vivre avec les braconniers, et de continuer malgré tout de croire que l’homme peut sauver la vie sauvage ! Heureusement qu’il y a des moments magiques qui donnent envie de continuer !

Tentes (35)

Nous avons besoin d’action et non plus d’imaginer des solutions qui viendront un jour, peut être.

 

Quelles sont tes autres passions?

La danse classique. Même au fin fond de la forêt je me fabrique ma barre de danse ! Des professeurs admirables m’ont donné cette passion en m’enseignant de tout leur amour une discipline bien difficile.

 

 

 

Si tu pouvais demander aux gens de faire quelque chose pour créer un monde, un avenir meilleur?

Je pense que nous devons arrêter de penser à des solutions « potentiellement envisageables éventuellement ». Nous devons à présent bâtir des solutions durables. Depuis mon enfance j’entends que les grands singes disparaissent du fait de la main de l’homme. Alors qu’attendons-nous pour bouger ? Attendons-nous que le dernier chimpanzé soit boucané pour dire « comme prédit, notre plus proche cousin vient de disparaitre à cause du braconnage et de la déforestation ». Si plus de conservationnistes agissaient réellement au lieu de se réunir pour réfléchir à de potentielles solutions applicables dans les 10, 20 ans à venir et si l’argent dépensé pour ces réunions était investi dans le terrain, alors ils auraient une chance.

Nous avons besoin d’action et non plus d’imaginer des solutions qui viendront un jour, peut-être.

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Albert Einstein a dit : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

Albert Einstein a dit : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. » Je pense que la plupart des gens sont au courant de ce qui se passe. J’aimerais que l’on arrête de procrastiner et de dire que la souffrance des animaux nous est insupportable. Il faut qu’on arrête de se mentir et de prétendre que c’est d’abord aux autres de changer. Qui sont les autres ? Le gouvernement ? Le gouvernement, c’est nous. Les gens n’ont pas l’air de comprendre la puissance que l’on a tous réuni, pour faire évoluer les choses. Arrêtons de nous cacher et de fermer les yeux. Ce sera un pas de géant pour l’humanité.

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